Concerts NSBM à Liège : complément d’information.

Édit 07/12 : suite aux informations de ce dossier, la soirée de ce samedi 9 décembre a été annulée. Bravo à la salle pour sa décision. Plus d’infos suivront….

Le dossier qui suit nous est parvenu par mail, en spécifiant que l’objectif n’était pas de pointer du doigt (notamment les salles concernées) mais bien d’avertir. Que le principal n’était pas les noms et les détails mais le contenu.

Les personnes qui nous l’ont envoyé font partie de la scène Black Metal et en ont marre non seulement de l’intrusion du NSBM dans la scène, mais également d’y être assimilées.

Ne sachant pas si les salles étaient au courant de l’idéologie derrière certaines programmations spécifiques, nous avons préféré anonymiser ce dossier plutôt que de risquer que certain.e.s leur fassent un procès d’intention ou croient que ce dossier le fait.

N’oublions pas que ce qu’il se passe est un essai de la part de la scène NSBM de sortir des lieux secrets et de l’entre soi pour se revendiquer « une scène comme les autres » et, sous couvert de “liberté d’expression” faire de la propagande politique néonazie par le biais de la culture. Comme c’est le cas pour d’autres scènes musicales d’ailleurs.

Les groupes cités sont soit nouveaux, soit inconnus hors de leur scène spécifique, soit viennent d’autres pays et seuls leurs publics, restreints et déjà acquis, savent à l’avance les idées qu’ils font monter sur scène. Leurs possibilités de concerts restent rares et le public se déplace souvent de loin. En pouvant jouer dans des concerts non secrets, le mélange des publics, des marchandising, a lieu. Et petit à petit la présence d’un public aux idées et look (patchs et autres) néonazis se banalise jusqu’à se normaliser.

Les salles, de concerts comme de répétition, ne peuvent être au courant de l’historique de tous les groupes qui y jouent et répètent, ni des accointances et activités politiques des membres de ces groupes.
Les exemples de la Zone et de la Légia sont là pour nous le rappeler.
Et pourtant des fachos se sont retrouvés sur la scène de la Zone, que quiconque connaît ne pourra accuser de complaisance avers les droites extrêmes, bien au contraire. Et si le responsable de la Légia n’avait pas été prévenu à l’avance, il en aurait été de même là-bas. Il aurait été facile alors de tomber dans le piège de l’accusation et de la catégorisation. Le responsable de la salle a pourtant montré sa position. Parce qu’il en a eu l’occasion.

Ce dossier est là pour que vous vous en empariez et que si, comme nous et beaucoup d’autres, vous refusez que des groupes fachos puissent jouer publiquement et diffuser leurs idées de merde, vous les connaissiez et soyez vigilant.e.s.

Après cette longue intro, voici enfin le dossier !
Il approfondi et complète celui que nous avions publié suite aux informations qu’un collectif avait données au responsable de la Légia.
Nous sommes nombreux.ses à faire de la veille et comptons bien renvoyer au maximum les fachos dans leurs caves !

Le dossier reçu :

 

Comme l’évoquait Veille Antifa Liège dans un article du 20.10.2017, la scène NSBM (National Socialist Black Metal) rampante à Liège depuis quelques années s’affiche désormais de manière décomplexée dans les salles de concerts, locaux de répétitions et bars alternatifs de la cité ardente. Les deux concerts annulés du mois d’octobre ne sont pourtant que la partie visible de l’iceberg.

Retour sur les principaux acteurs de cette nouvelle vague à surveiller :

Le collectif émerge le 19 février 2017 lors d’un concert NSBM organisé au bîîîîîîîp. L’événement n’était pas tenu secret mais a cependant été annoncé en toute discrétion moins d’une semaine avant la date. La cause ? L’affiche avait été annulée à Utrecht ce jour-là par le  collectif « Antifa Utrecht » (membre de l’AFA) et les groupes cherchaient un moyen de se produire malgré tout dans la région. À l’affiche : un groupe de NSBM russe, Blackdeath, cité nommément sur la page wikipédia allemande dédiée au NSBM et dont le leader considère l’attaque de la Russie par l’Allemagne comme étant « la seule erreur d’Hitler » (1).

Également à l’affiche, on trouvait Cultus, le projet d’Arjan Peeks qui est le patron du label Heidens Hart, déjà affiché plusieurs fois pour la vente et la promotion de groupes NSBM.

Antilife qui ouvrait ce soir-là n’est pas connu pour avoir des accointances avec les nationalistes mais restent à surveiller compte tenu de leur compagnons de scène et du fait que leur chanteur, Psycho (Hats Barns) a été condamné par la justice française pour profanation de cimetières, possession d’armes à feu et violence. Tout ce beau monde s’est donc retrouvé au bîîîîîîîp de Liège en février dernier, dans une salle où les patchs Satanic Warmaster croisaient les pulls Peste Noire sans rencontrer la moindre résistance. Avec assez de succès au vu du peu de promotion. Le collectif « la Sarabande des Annequins » organise et promeut ensuite plusieurs concerts de metal apolitiques sous un autre nom, « The Nameless Squad », un nom fictif servant vraisemblablement à séparer les activités NS des autres concerts. Avec nettement moins de succès cette fois, ces concerts neutres se passent sans encombre au bîîîîîîîp et sont fréquentés par un public nettement plus… fréquentable.

Le 30 septembre 2017, « La Sarabande des Annequins » revient avec une nouvelle affiche marquée par ses liens avec l’extrême droite. Sekhmet est un groupe reconnu pour son idéologie nationale-socialiste et fréquemment interdit de concert dans plusieurs pays d’Europe pour les propos racistes et antisémites tenus par ses membres en interview ainsi que pour la proximité des musiciens avec des groupuscules extrémistes divers tels que Blood And Honor et C18. Bien que le groupe se défende désormais de toute implications politique, ceci n’efface pas des années de militantisme extrémiste largement documentées et mises à jour de manière très détaillée et vérifiable par antifa.cz. Ici encore, le concert voit passer un défilé de crânes rasés sans que personne ne s’en offusque, malgré une promotion virale et invasive réalisée autour de la date. Le tout avec encore une fois un relatif succès en terme de fréquentations.

La date suivante organisée par la Sarabande des Annequins devait se tenir cette fois dans une autre salle, à la Légia, et se verra annulée suite à une décision ferme du tenancier de la salle lorsque des militant.e.s locaux l’informent des tendances politiques des groupes à l’affiche. Ici encore on retrouve des proches de mouvements ouvertement extrémistes (un musicien de Griffon qui sonorise le groupe nationaliste Baise Ma Hache à un concert chez Serge Ayoub/Batskin des JNR ou soutient Varg Vikernes au tribunal lors son procès), des groupes signés sur des labels qui sentent mauvais (Sale Freux signé à la Mesnie Herlequin, label de Famine de Peste Noire, plus vraiment à présenter), et un beau trombinoscope de fachos à crânes rasés et pages facebook recouvertes d’une imagerie qui ne trompe personne sur leurs intentions. Le rapport de Veille Antifa très complet au sujet de cette date indique que tout cela va très, trop loin. Les concerts seront déplacés à Diest en dernière minute, sans encombre.

Suite à cette dernière date, on assiste à une libération de la pensée d’extrême droite sur les réseaux sociaux. L’article de Veille Antifa est partagé et moqué, des militant.e.s se font interpeller personnellement sur les réseaux sociaux et les blackeux fachos sortent de leurs caves pour revendiquer leur droit à la « liberté d’expression ». C’est là qu’on découvre que le phénomène est bien plus répandu que ce qu’on le croyait, et qu’au-delà des quelques crânes rasés déjà affirmés, la scène wallonne est bel et bien gangrénée par les supporters du metal national socialiste.

Même s’il se cachait initialement derrière une position victimaire, en mentionnant des « événements imprévus » pour expliquer les annulations, la fierté et les publications goguenardes de l’organisateur à la suite de ce week-end ne laissent plus aucun doute sur ses ambitions initiales.

Dans l’une de ces publications l’organisateur annonce sa prochaine affiche comme un « prochain ulcère pour les bienpensants » et dans la suivante il affirme que « le black metal était là avant les antifas et le sera après, interdire les concerts n’arrêtera pas ce cancer qu’est le BM ! » avant d’avertir de « prochaines organisations souterraines », preuve qu’il admet avoir très clairement des choses à se reprocher sur ses prochaines dates en terme de groupes invités.

Ce qu’on peut constater, c’est que cet organisateur de concerts n’est pas actif depuis très longtemps mais que cette explosion de concerts NSBM à Liège est parallèle à une tendance montante dans la scène black metal. Des personnes qui n’ont d’origine aucune tendance militante fasciste ou néo-nazie s’extrémisent et se rassemblent à ce genre de concerts sous couvert d’aimer « la musique uniquement » et de défendre « le droit de s’exprimer » tout en critiquant les « bienpensants » et le « politiquement correct ». La Sarabande des Annequins n’est pas un collectif très organisé et dangereux en soi, mais le soutien rencontré laisse penser que les prochaines dates « souterraines » du collectif auront du succès.

Zardens, un des groupes de Florian Hardy, s’est montré un des plus fervents supporters de l’organisateur contre les « méchant.e.s antifas », le communiqué suivant atteste de leur soutien indéfectible à ces organisations liées à la scène NSBM sous couvert de « liberté culturelle » et de « liberté d’expression ». Le groupe prétend ne soutenir aucune formation politique, et pourtant force est de constater que la publication d’une telle déclaration est un acte politique en soi. Ce message publié en français tandis que le reste de la page est en anglais montre bien qu’il s’adressait à un public déjà conquis et pas à des éventuels promoteurs internationaux… et pour cause !

Zardens doit se produire le 9 décembre prochain en compagnie de Sors Immanis (groupe de Victoria Gammella, appartenant également au collectif) à bîîîîîîîp… Une salle ouvertement antifa. Il semblerait que malgré leurs déclarations incendiaires suite aux annulations d’octobre, le groupe ne voit aucun problème à profiter de telles structures de façon opportuniste !!

Zardens répète au bîîîîîîîp rue bîîîîîîîp à Liège. Or si ce groupe n’est à priori pas politisé, à l’exception de son guitariste (Florian Hardy) qui mène La Sarabande des Annequins, il est intéressant de constater que celui-ci répète au même endroit avec un autre projet, apparemment appelé «* Oriflamme »*. On sait peu de chose sur ce groupe qui n’a jusqu’ici aucune présence en ligne, mais force est de constater que son line-up flirt, encore une fois, avec l’extrême droite. Sur cette photo, prise au bîîîîîîîp, en plus d’identifier Florian Hardy à gauche, on reconnait aussi Julien Vanbergen et Valentin Lebon.

Ces personnages se sont notamment fait remarquer à la Zone le 19 novembre 2016 dernier en posant fièrement vêtus devant le drapeau antifa de la salle, ici tous deux à droite sur la photo.

Les propriétaires du local de répétition ne doivent pas être au fait de ces différents éléments, leurs activités étant ouvertes à tou.te.s notamment des enfants, il semble important de les avertir de la présence de néonazis dans leurs locaux avant que ce pseudo-groupe prenne de l’ampleur.

Au vu de ces différents faits, plusieurs questions se posent :

1. Pourquoi est-ce que le bîîîîîîîp continue à ouvrir ses portes à des concerts NSBM ?
2. Pourquoi est-ce que des groupes se positionnant fermement contre l’antifascisme peuvent-ils bénéficier librement de leurs structures en profitant de leur anonymat complet à l’étranger, comme Zardens le fera le 9/12 à bîîîîîîîp ?
3. Comment diffuser l’information afin que des asbl ou propriétaires de salles respectables ne se fassent pas leurrer par ce milieu NSBM agissant sous couvert de « liberté culturelle » ?
4. Comment réabiliter le Metal en général, et le Black Metal en particulier, qui ont toujours été des musiques désobéissantes et critiques du pouvoir en place, face à cette tendance nauséabonde ?

Toutes les informations contenues ci-dessus sont faites pour être reprises, partagées et complétées.
Ensembles, nous pouvons empêcher que la scène NSBM ne se développe davantage autour de nous.

 

Édit par Veille Antifa Liège :

1 : Certains groupes devaient jouer bientôt à l’AZ d’Aachen, Centre Autonome aux idées et actes libertaires et antifascistes. Bien évidement l’AZ ne pouvait être au courant des activités de membres des groupes. Par contre, ces groupes devaient savoir où ils mettaient les pieds. Organiser des groupes néonazis sous couvert d’apolitisme pour ensuite aller jouer dans une salle à l’antifascisme reconnu il fallait oser ! Que ce soit par provocation ou pour se redorer le blason, qu’importe : différentes personnes et collectifs ont alerté l’AZ. Les concerts sont annulés.

2 : C’est à Liège que la soirée se déplace ! Dans la salle que nous avons bîîîîîîîpée dans ce dossier. Ce n’est donc pas la première fois qu’elle accueille des soirées et concerts néonazis organisés par ce collectif. Si nous faisons le choix de ne toujours pas la citer, c’est parce que certaines personnes nous disent que le booker n’est pas au courant.

Nous ne pouvons nous empêcher de reproduire le communiqué du groupe, tant de mauvaise fois étant un cas d’école : victimisation pour ne pas assumer les organisations de groupes néonazis par leur guitariste, rétention d’informations en refusant d’expliquer les raisons de l’annulation, déclaration d’apolitisme, mise dos à dos du fascisme et de l’antifascisme,…

Il espère sans doute tirer son épingle du jeu pour ne pas être blacklité dans toutes les salles !

Petit rappel :

 

(1) KEGAN Yrjana, Subgenres of The Beast, consultable en ligne sur Google Books, p 211.

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