Rassemblement Gilets Jaunes, rassemblement antiraciste et manif’ sauvage, collaboration des flics avec les nazillons, un samedi chargé

3 personnes, 3 vécus, 3 moments rassemblés. Merci à elles, ça n’a pas été facile.

Solidarité avec les personnes blessées.

1- Rassemblement Gilets Jaunes aux Guillemins

14h, une centaine de personnes en gilets jaunes ont répondu à un appel de “mise au point” sur facebogbrother. Cela se passe aux Guillemins car la police a interdit que le rassemblement se fasse place Saint Étienne, en plein centre ville. Elle multiplie d’ailleurs les interdictions en ce moment : le Noël alternatif qui a lieu chaque année en Vinave d’Île, une distribution de soupe populaire par la voix des sans papiers, etc.

L’événement est réussi, l’ambiance est bonne, combative, je retrouve des compagnon-ne-s, je rencontre de nouvelles personnes, des gens de Verviers, de Marche, de Charleroi, les prises de parole commencent. Elles seront brèves et claires. Une pour rappeler le contexte dans lequel on se bat et que le gouvernement en affaires courantes ne change pas nos objectifs, l’autre pour une prémisse de charte à adopter par vote à mains levées. Les deux prises de parole diront que les Gilets Jaunes de Liège refusent les tentatives de récupération et de division par les extrêmes droites : applaudissements et cris d’approbation. Les personnes présentes sont ensuite invitées à mettre dans trois boites différentes leurs contacts, leurs idées d’actions et leurs idées de revendications pour compléter la charte.

« Nous voulons être unis contre ce système qui nous appauvris. Nous n’avons donc pas besoin du racisme et du fascisme car cela nous divise… » (extrait de la charte)

Les fachos n’ont donc aucune marge de manœuvre pour tenter quoi que ce soit.

À Namur aussi, le même jour, les Gilets Jaunes ont pris physiquement leurs distances avec les tentatives de récupération et de division des extrêmes droites. Une dizaine de membres de Nation est venue avec drapeaux belges, drapeaux néo-nazis (croix celtique), banderoles et outils de baston, mais ils se sont tout simplement retrouvés isolés sans rien pouvoir faire contre le mépris et les invectives des Gilets Jaunes à leur encontre. Ils se sont retrouvés mis à l’écart, restant dans un entre soi accentuant tant leur non appartenance aux Gilets Jaunes que leur présence en tant que parti politique et non qu’individus. Ils se sont fait prendre une banderole et n’ont pas suivi les Gilets Jaunes en manifestation, ce qui aurait été tout simplement grotesque.

Retour à Liège. Après qu’une bonne moitié de personnes soient parties, les personnes toujours présentes partent en manifestation avec pour objectif de rejoindre le rassemblement antiraciste appelé à 15h esplanade Saint-Léonard. Comme on s’y attendait, la police empêche cette rencontre et pousse le cortège à se diriger en sens opposé, dans des rues à peu près désertes.

Manifestation bon enfant, une belle ambiance toujours, un rap par-ci, un slogan par-là, de belles discussions. Une trentaine de personnes étaient parties, en vélo ou en voiture, pour rejoindre le rassemblement antiraciste où un Gilet Jaune a pris la parole.

2- Rassemblement antiraciste esplanade Saint-Léonard

À L’appel d’un visuel « Liège antiraciste », environs 150 personnes se sont réunies sur l’esplanade Saint-Léonard en réaction à la manifestation fasciste du dimanche précédent à Bruxelles. Réalisation d’une fresque, musique, prises de paroles improvisées… L’appel avait été lancé seulement quelques jours avant, par un visuel de mobilisation, sans aucune com’ sérieuse et avec les grands frères de la team Zuckerberg qui avaient supprimé l’événement (et la page) facebogbrother quelques heures seulement après sa création. Comme toujours dans ces cas-là, beaucoup se sont demandés si le rassemblement était maintenu. Les personnes qui ont lancé cet appel n’ont malheureusement rien fait, ou si peu, pour prévenir les différents collectifs et individus que c’était bien le cas.

Mais ça change et ça donne une bouffée d’air de ne pas aller regarder sur facebogbrother combien ont dit « oui » ou « peut-être », qui dans les contacts sera là, de nourrir les algorithmes du grand frère et les bases de données des flics et fachos… Mais des mails, affiches, flyers, bouches à oreilles et relais sérieux auraient très facilement ramené plusieurs centaines de personnes de plus, tellement il est manifeste que le potentiel était là.

Avec les copines/copains on voulait être là, mais on n’a pas vraiment compris cet appel qui s’est reposé sur le mythe de la spontanéité (ne pas tout encadrer, et donc tuer l’initiative, n’est pas du tout la même chose que ne rien organiser, et donc faire perdre leur temps aux gens et laisser les ennemis avoir une longueur d’avance). Le texte d’appel fait très justement référence à la manif des fachos du dimanche 16 décembre et à la mobilisation de la contre manif qui est restée dans l’entre-soi militant et ne fût pas à la hauteur de l’antifascisme populaire, nécessaire réponse à cette mobilisation fasciste. Pourquoi alors avoir lancé un rassemblement en quelques jours, uniquement sur facebogbrother (de manière ratée en plus), sans autre communication et sans s’être assuré-e-s que d’autres acteurs/rices de l’antiracisme et de l’antifascisme étaient au courant et allaient relayer ? On trouvait superbe que des personnes aient senti une profonde nécessité de réagir tout de suite (et non pas d’agir, comme le texte d’appel le prétend), mais on n’a pas compris pourquoi ne pas avoir fait en sorte de transformer cette nécessité en force pour la suite.

Manifestation sauvage au centre ville

Après plus d’une heure de rassemblement sur l’esplanade sans aucune information ou prise d’initiative des personnes qui avaient appelé à ce rassemblement, les gens commençait à se lasser franchement. D’autres personnes prennent des initiatives pour donner du sens à ce qui nous rassemble, et merci à elles. Plus tard, enfin, une grande banderole se déploie « Liège Ville Antifa », de la taille à prendre la largeur de la rue, et c’est tout naturellement que (presque) tout le monde emboîte le pas derrière pour une manif sauvage.

Le dernier samedi avant noël en pleine après-midi : direction le centre ville. Vu que toute la ville n’était qu’un gros bouchon de bagnoles puantes, on n’a pas vraiment perturbé la circulation. Partout on avait l’impression de scander « Eeeeet tout le monde déteste les raciiistes eeeeet tout le monde déteeeeste les raciiiiistes » au milieu d’une énorme manifestation capitaliste. Ça n’a pas empêché les gens d’écouter, d’interroger, de prendre les flyers distribués. Ceux-ci informent entre autres qu’un front antifasciste va être relancé à Liège. Comme d’habitude, des cyclos-manifestant-e-s bloquent les carrefours au passage du cortège pour assurer la sécurité. On s’est quand même demandé tout le long si les flics allaient laisser faire. Les bagnoles banalisées se perdaient parfois dans les bouchons, les civils à pieds étaient bien présents, puis sont arrivés des uniformes. Mais puisqu’il n’y a eu aucune autre action que le fait de prendre la rue et de souligner l’importance du contexte actuel, il valait mieux pour eux éviter une intervention qui aurait fait tache dans ce décors consumériste bien consensuel. La manif est bon enfant et déterminée, comme on les aime, de la cagoule à la poussette, du stade de foot à l’associatif institutionnalisé, de l’habitué-e à la première.

Pour d’autres photos (ATTENTION LIEN FACEBOGBROTHER)

Lien vers page fb du Front Antifasciste Liège 2.0

3- Épilogue de collaboration entre flics et nazillons

La manifestation s’arrête à son point de départ (après être passée par le marché de Noël, place Cathédrale, l’Opéra, la place Saint-Lambert, etc.). Les gens crient et applaudissent, on rappelle le rendez-vous prévu pour relancer un front antifasciste liégeois, ça discute de-ci, de-là, ça se disperse, c’était une belle journée.

Le bruit court alors que Nation se réunirait une heure plus tard au bar “les Caves d’Artois” du quartier Saint-Léonard (au coin entre la rue Dony et la rue Lamarck) – où ils étaient déjà venus quelques semaines plus tôt. Un groupe décide donc de prolonger la manifestation jusque là (pourquoi ne pas l’avoir terminée là lorsqu’on était encore une petite centaine ? pourquoi ne pas avoir prévenu plus tôt les personnes qui se sont dispersées sans savoir pour la réunion des nazillons ?), histoire de faire pression sur le tenancier du bar pour qu’il appelle ses copains nazillons et annuler leur réunion, tout en montrant à la vue de tout le voisinage ce qui se trame dans ce bar. La proposition est de se poster devant le bar et de lancer des slogans antiracistes et antifascistes.

Lorsque j’arrive, comme tout le monde je me rends compte qu’on est en fait accueilli-e-s par les nazillons déjà sur place (et visiblement au courant) à coups de bâtons, barres de fers et pétards de gros format. Un-e des compagnon-ne-s qui était pas loin de moi a cassé une petite vitre du bar. Les fafs utilisent leurs outils pour mettre des coups, dispersion, deux ou trois personnes têtes brûlées se font sauver par des compagnon-ne-s (merci à elles) qui prennent des coups à leur tour, les flics arrivent deux minutes plus tard.

Le lendemain j’apprends par la RTBF que les flics avaient prévenu le patron du bar (néo-nazi avéré) de l’arrivée des antifascistes, lui ont conseillé de fermer et l’ont assuré qu’ils se tenaient à sa disposition en cas de problème… Ceci explique cela. Travail intéressant de la police liégeoise.

La RTBF, service public ?

Profitons-en pour revenir sur cet article de la RTBF, signé Michel Gretry, et irresponsablement intitulé « La police de Liège, laxiste avec l’extrême gauche ? » (cette question est celle posée par Nation). Or, et Michel Gretry le sait comme tout journaliste, une majorité de personnes ne verront et ne retiendront que le titre de l’article.

Cet article se base uniquement sur les paroles des nazillons, allant jusqu’à citer leur propagande, la mettant ainsi en lumière et leur faisant encore une fois un gros coup de pub (quelques jours après que la RTBF ait du se défendre de briser le cordon sanitaire, soit dit en passant).

Questionner le prétendu laxisme de la police vis-à-vis des antifascistes alors que celle-ci a prévenu délibérément les personnes de Nation, leur permettant ainsi de s’armer et de blesser, sans pour autant prévenir les antifascistes, est intéressant… Le fait de leur offrir ses services aussi.

En sortant de Liège, rions encore un peu de ce laxisme de la police, et rappelons que les Gilets Jaunes comme les antifascistes se font presque toujours réprimer avant de faire potentiellement des choses illégales, alors que les fachos se font réprimer après l’avoir fait (comme on l’a encore vu lors de leur manifestation contre le pacte migratoire (1)).

Rappelons également à Michel Gretry qu’il peut se renseigner avant d’écrire des bêtises et de flirter sur une prétendue lutte de récupération des Gilets Jaunes (renvoyant ainsi le fascisme et l’antifascisme à un même niveau, intéressant…). On le renvoie tout de même à la charte de ces dernières/ers, adoptée le jour même, ou simplement au fait que de nombreuses personnes ont participé aux deux rassemblements ce qui est logique au vu des revendications (justice sociale) et actions (appels à la grève, blocages de l’économie) des Gilets Jaunes qui sont à l’opposé du projet de société fasciste.

La lutte contre les extrêmes droites est une lutte historique et elle ne date pas des Gilets Jaunes.

On pourrait se demander si c’est une erreur de débutant ou une volonté de minimisation et de caricature de la lutte contre les extrêmes droites, à l’heure où elles prennent de plus en plus d’ampleur. Malheureusement, la conclusion de l’article répond à cette question, puisqu’elle renvoie dos à dos les « radicaux des deux bords » alors que là où les antifascistes se battent contre des idées de haines de l’autre parce qu’il est autre et pour l’émancipation de toutes et tous, les racistes et fascistes, eux, se battent contre des personnes en fonction de leurs différences, qu’elles soient de religion, de couleur de peau, d’origine, de sexualité, de mode de vie,…

Contrairement à ce que veulent faire croire fascistes et journalistes acritiques en mal de spectacle, l’antifascisme n’est pas cantonné à des tactiques d’offensive physique et concerne toutes les personnes, chacune selon ses moyens, envies, stratégies, qui se battent contre les montées racistes, autoritaires et fascistes.

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(1) À propos de cette manifestation :

Les extrêmes droites ont le vent en poupe, cela faisait un bout de temps qu’elles mobilisaient les esprits sur le sujet du Pacte migratoire, celui-ci était omniprésent dans tous les médias et sur toutes les lèvres, allant jusqu’au retrait de la N-VA du gouvernement. N-VA qui a elle-même, par l’entremise de sa figure la plus populaire Théo Francken, mobilisé pour cette manifestation. L’objectif de cette manifestation des extrêmes droites flamandes était clairement de faire la jonction avec la droite dure flamande et de se positionner ainsi comme légitime et incontournable dans les débats. Ce fût un échec à ce niveau. Les extrêmes droites, aidées en cela par des partis non étiquetés comme tels (la N-VA par exemple) sont dans une stratégie d’attaque du cordon sanitaire, en vue de le faire tomber. Celui-ci vacille, des brêches de plus en plus inquiétantes le déforcent (et servent à légitimer les extrêmes droites) mais il est encore debout. Une alliance réussie avec la droite dure flamande aurait pu être une étape importante pour lui porter le coup de grâce.

C’est toutefois une démonstration de forces des extrêmes droites comme on ne l’avait pas vue depuis longtemps. Elle concrétise visuellement et concrètement le danger qu’elles représentent et leur montée en puissance. Mais nous savions déjà qu’elles grossissent. Et dans ce contexte où elles attendaient 12 ou 15 000 personnes dont la droite flamande, elles se sont retrouvées esseulées, passant à côté de leurs objectifs premiers.

La contre manifestation, elle, a mobilisé en quelques jours et uniquement en réaction. Nous savons que la puissance se construit sur des sujets porteurs et émancipateurs, et non dans la réaction et en urgence. Nous étions par exemple 10 000 il y a un an pour la manifestation contre les centres fermés et pour la régularisation des sans papiers. Et il n’y avait pas de contre manifestation.

Comparer les chiffres des participant-e-s de “chaque côté” pour désigner un “vainqueur des idées” est réducteur. Ne tombons ni dans ce piège, ni dans celui d’une urgence qui justifierait de passer outre les étapes importantes d’une réorganisation nécessaire des réseaux et forces antifascistes.

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